Jeune chercheuse au sein de l’équipe ELEANOR du Bordeaux Population Health Inserm U1219 dirigée par le Dr David-Alexandre Tregouët, membre du comité de direction VBHI, et en étroite collaboration avec la Pr Stéphanie Debette, référente omiques de l’institut VBHI en charge du programme « VBHI – Translational Omics Centre », Ilana Caro vient de publier une étude sur la protéogénomique du liquide céphalo-rachidien et du plasma révélant une nouvelle signature biologique de la maladie des petits vaisseaux cérébraux. Entretien.
Parlez-nous de vous, quel est votre parcours ?
Après un master en Génétique, génomique et biologie des systèmes à l’université de Nantes, j’ai poursuivi mon parcours au sein de l’équipe ELEANOR du centre de recherche Bordeaux Population Health d’abord sous la direction du Dr David-Alexandre Trégouët au cours de mon stage de master 2 portant sur l’extension d’un pipeline d’alignement de miRNA aux autres petits ARNs non codants.
J’ai ensuite effectué ma thèse sous la supervision de la Pr Stéphanie Debette dans le cadre du RHU SHIVA, visant à caractériser les mécanismes moléculaires de la maladie des petits vaisseaux cérébraux par des approches multi-omiques*.
Poursuivant à présent mes travaux en post-doctorat avec la Pr Stéphanie Debette, j’étudie principalement les aspects protéomiques et épigénomiques de la maladie des petits vaisseaux cérébraux.
* Les omiques regroupent des disciplines qui étudient l’ensemble des éléments d’un système biologique, comme une cellule, un tissu ou un organisme. Au lieu d’analyser un seul gène ou une seule protéine, elles examinent tout le réseau de composants pour comprendre comment ils fonctionnent et interagissent. Les données multi-omiques sont des données issues de l’analyse de plusieurs omiques tels que la génomique, la métabolomique, la transcriptomique et la protéomique.
Qu’est-ce que vous avez étudié dans le cadre de cette publication scientifique ?
Notre travail s’intéresse à la maladie des petits vaisseaux cérébraux. C’est une pathologie complexe, très fréquente en population générale, mais encore mal comprise, qui contribue à de nombreux accidents vasculaires cérébraux (AVC) et à des troubles cognitifs, notamment chez les personnes âgées.
Cette pathologie est détectable des années avant le début des manifestations cliniques notamment par imagerie cérébrale (IRM).
Dans ce travail, nous avons étudié les protéines et les variations génétiques associées (protéogénomique) présentes dans le liquide céphalo-rachidien et dans le sang, associées aux marqueurs IRM de la maladie des petits vaisseaux cérébraux, pour identifier des biomarqueurs et mieux comprendre les mécanismes sous-jacents de cette maladie.
L’idée est de comprendre, de manière très fine, quels mécanismes sont impliqués dans la dégradation des petits vaisseaux du cerveau et l’augmentation du risque d’AVC et de démence.
Pourquoi vous intéressez-vous à ce sujet ?
Nous nous intéressons à ce sujet car la maladie des petits vaisseaux cérébraux est un enjeu majeur de santé publique : elle touche énormément de personnes mais reste souvent diagnostiquée tard.
En identifiant des biomarqueurs plus précoces et plus précis, on espère ouvrir la voie à une meilleure prévention et à un diagnostic plus anticipé.
Pourquoi s’agit-il d’une découverte majeure ?
Il s’agit d’une découverte importante car, jusqu’à présent, nous manquons de biomarqueurs fiables pour étudier et diagnostiquer cette maladie.
Notre approche combine, pour la première fois à cette échelle, la protéomique et la génomique dans les deux fluides les plus informatifs pour le cerveau :
- le liquide céphalo-rachidien et
- le plasma.
Cette analyse intégrée nous permet de mettre en évidence des voies biologiques clés, liées notamment à l’inflammation, et ce dès le début de la vie adulte (vers 20 ans), et à la dysfonction de la matrice extracellulaire.
Ce travail nous permet également d’identifier des protéines associées au risque d’AVC et de démence et de mettre en évidence de potentiels repositionnements thérapeutiques pour la maladie des petits vaisseaux cérébraux et ses conséquences cliniques.
Ces résultats fournissent donc une véritable empreinte moléculaire de la maladie, ce qui peut transformer la manière dont on la détecte, dont on la suit au cours du temps, et même la manière dont on développe de futurs traitements.
Quelle est la prochaine étape ?
La prochaine étape consiste à valider ces biomarqueurs dans des cohortes plus larges et suivies dans le temps. Cela nous permettra de savoir s’ils peuvent prédire l’apparition de la maladie ou son évolution.
Nous souhaitons également comprendre plus en détail les mécanismes biologiques impliqués dans les voies que nous avons identifiées. Cela pourrait mener à la validation de cibles thérapeutiques ou à des stratégies de prévention plus personnalisées.
À plus long terme, l’objectif est de pouvoir développer des outils cliniques, par exemple des tests sanguins, pour détecter plus tôt la maladie des petits vaisseaux et mieux accompagner les patients.
Plus d’infos :
- Publication scientifique : Caro, I., Western, D., Namba, S. et al. Proteogenomics in cerebrospinal fluid and plasma reveals new biological fingerprint of cerebral small vessel disease. Nat Aging (2025). https://doi.org/10.1038/s43587-025-01006-w
- Accès à la publication scientifique intégrale : https://rdcu.be/eQVzc
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